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Ile Seguin : et si Pinault faisait marche arrière ?


L'événement Boulogne-Billancourt

«LE PROJET d'aménagement des terrains Renault est compromis. » Dorothée Pineau n'y va pas de main morte. Dans le prochain bulletin municipal de Boulogne-Billancourt, que nous nous sommes procuré, l'adjointe au maire chargée de l'urbanisme lance une bombe.
L'avertissement vise directement les deux associations qui ont déposé en décembre un recours administratif contre le plan local d'urbanisme (PLU). L'élue affirme en effet que, « si ce recours n'est pas rapidement levé, la fondation d'art contemporain de François Pinault ne viendra pas ». Un pavé dans la mare alors que les deux associations à l'origine du recours distribuaient justement hier auprès des habitants des tracts détaillant les raisons de leur opposition à la politique d'urbanisme de la ville.
« Ce recours se traduit par le ralentissement de l'aménagement des terrains Renault, explique l'adjointe au maire. Or, François Pinault et les promoteurs-constructeurs nous demandent, comme condition impérative pour poser la première pierre et lancer leurs programmes de construction, d'avoir un PLU purgé de recours fin mars 2005. »

« La seule solution pour nous faire entendre »

Et l'élue de Boulogne d'enfoncer le clou : « François Pinault a lancé ses appels d'offres de construction, mais rien ne pourra démarrer effectivement sans la levée des recours. Il est à craindre qu'il n'attende pas le jugement du tribunal administratif de Versailles qui devrait intervenir dans un an environ. François Pinault n'édifiera certainement pas sa fondation dans un désert. Et si la fondation ne vient pas, c'est beaucoup d'autres programmes d'intérêt public qui sont menacés sur l'île. »

Malgré cette pression considérable sur leurs épaules, Actions Environnement Boulogne-Billancourt (AEBB) et Environnement 92 campent pour l'instant sur leur position. « Avec 108 000 habitants, Boulogne souffre d'une pollution croissante liée à l'accroissement du trafic automobile, d'une densification accélérée et d'un manque d'équipements de proximité, peut-on lire dans leur tract. Le plan local d'urbanisme prévoit encore davantage de logements et de bureaux, ce qui va forcément aggraver les problèmes de circulation et de stationnement. Le huitième quartier de Boulogne, les terrains Renault, sera en fait une ville dans la ville. »

La mairie de Boulogne, qui table sur l'arrivée de 12 300 habitants sur les terrains Renault, estime au contraire qu'elle est en mesure d'accueillir cette population supplémentaire. « En liaison avec l'observatoire de suivi de la population mis en place par la mairie, nous avons décidé de suivre l'évolution de la population au fur et à mesure de la livraison des immeubles sur les terrains Renault, détaille Dorothée Pineau. Mais pour tranquilliser les uns et les autres, nous lancerons dès le mois de mars une enquête publique pour modifier le PLU et y insérer un plafond de constructibilité de 905 000 m 2 au coeur de la ZAC. Nous allons en outre constituer un groupe de travail avec les associations consacré au suivi de l'évolution de la population et aux déplacements dans la ville. Mais je constate que les deux associations à l'origine du recours pratiquent pour l'instant la politique de la chaise vide et n'acceptent pas de nous rencontrer. C'est une attitude inacceptable. »

Olivier Delourme, le président de l'union Environnement 92, estime de son côté que « la mairie n'a toujours pas répondu clairement sur le fond du dossier, notamment sur la question de la densification excessive des terrains Renault. Des pourparlers sont néanmoins engagés avec la ville à ce sujet ».

Les deux associations affirment par ailleurs ne pas être des « forçats du recours ».
« Mais malgré nos mémoires d'observations, nos avis argumentés et nos rencontres avec les élus, nos deux recours gracieux sont restés sans réponse et la concertation annoncée par la mairie n'était en fait qu'une simple information. Ce recours contentieux est donc à nos yeux la seule solution pour nous faire entendre. »
Sur ce point, les deux associations ont déjà gagné : leur recours fait désormais un bruit considérable à Boulogne.

Selon la mairie , l'édification de la fondation d'art contemporain de François Pinault ne se fera pas sans la levée des recours déposés contre le plan local d'urbanisme par Actions Environnement Boulogne-Billancourt (AEBB) et Environnement 92 . (DR.)

Frédéric Mouchon
Le Parisien , samedi 26 février 2005


LE TEMOIN DU JOUR

« Ce projet est disproportionné »


M.Goddard



«NOUS SOMMES apolitiques et nous ne sommes pas des extrémistes. »
D'emblée, Michel Goddard et ses amis de l'association Actions Environnement Boulogne-Billancourt (AEBB) mettent les choses au point. Le recours qu'ils viennent de déposer contre le PLU de Boulogne n'est pas une bataille contre le maire UMP, Jean-Pierre Fourcade. Mais plutôt un appel à ne pas « surdensifier » la ville.

« Nous ne sommes pas contre tout, mais nous sommes contre les excès et nous militons pour une évolution intelligente de la ville », explique Michel Goddard, qui s'est installé à Boulogne en 1958.

Pour ce retraité, âgé de 74 ans, « le projet des terrains Renault est disproportionné. Boulogne devra accueillir encore plus d'habitants et de salariés alors que la ville souffre déjà de graves problèmes de circulation. Un seul exemple : la nationale 10, qui traverse Boulogne, est déjà saturée matin et soir. Si l'on ajoute une densité de population supplémentaire, certains quartiers finiront par être totalement asphyxiés ».
(LP/F.M.)

F.M.
Le Parisien , samedi 26 février 2005
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